Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Le Ciel et l’Enfer — Première Partie.

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Chapitre VIII.


LES ANGES.


     Les anges selon l’Église. (1-2.) — Réfutation. (3-11.) — Les anges selon le Spiritisme. (12-15.)


Les anges selon l’Église.

1. — Toutes les religions ont eu, sous divers noms, des anges, c’est-à-dire des êtres supérieurs à l’humanité, intermédiaires entre Dieu et les hommes. 2 Le matérialisme, niant toute existence spirituelle en dehors de la vie organique, a naturellement rangé les anges parmi les fictions et les allégories. 3 La croyance aux anges fait partie essentielle des dogmes de l’Église ; voici comment elle les définit : n


2. —  Nous croyons fermement, dit un concile général et œcuménique, n qu’il n’y a qu’un seul vrai Dieu, éternel et infini, lequel, au commencement du temps, a tiré tout ensemble du néant l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, l’angélique et la mondaine, et ensuite a formé, comme moyenne entre les deux, la nature humaine, composée de corps et d’esprit.

2 « Tel est, selon la foi, le plan divin dans l’œuvre de la création ; plan majestueux et complet, comme il convenait à la sagesse éternelle. Ainsi conçu, il offre à nos pensées l’être à tous les degrés et dans toutes les conditions. Dans la sphère la plus élevée apparaissent l’existence et la vie purement spirituelles ; au dernier rang, l’existence et la vie purement matérielles ; et dans le milieu qui les sépare, une merveilleuse union des deux substances, une vie commune tout à la fois à l’esprit intelligent et au corps organisé.

3 « Notre âme est d’une nature simple et indivisible ; mais elle est bornée dans ses facultés. L’idée que nous avons de la perfection nous fait comprendre qu’il peut y avoir d’autres êtres simples comme elle, et supérieurs par leurs qualités et leurs privilèges. Elle est grande et noble ; mais elle est associée à la matière, servie par de fragiles organes, limitée dans son action et dans sa puissance. Pourquoi n’y aurait-il pas d’autres natures plus nobles encore, affranchies de cet esclavage et de ces entraves, douées d’une force plus grande et d’une activité incomparable ? Avant que Dieu eût placé l’homme sur la terre pour le connaître, l’aimer et le servir, n’avait-il point dû appeler déjà d’autres créatures à composer sa cour céleste et à l’adorer au séjour de sa gloire ? Dieu, enfin, reçoit des mains de l’homme le tribut d’honneur et l’hommage de cet univers ; est-il étonnant qu’il reçoive des mains de l’ange l’encens et la prière de l’homme ? Si donc les anges n’existaient pas, le grand ouvrage du Créateur n’aurait pas le couronnement et la perfection dont il était susceptible ; ce monde, qui atteste sa toute-puissance, ne serait plus le chef-d’œuvre de sa sagesse ; notre raison elle-même, quoique faible et débile, pourrait facilement le concevoir plus complet et plus achevé.

4 « A chaque page des livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament, il est fait mention de ces sublimes intelligences, dans des invocations pieuses ou dans des traits d’histoire. Leur intervention apparaît manifestement dans la vie des patriarches et des prophètes. Dieu se sert de leur ministère, tantôt pour intimer ses volontés, tantôt pour annoncer les événements futurs ; il en fait presque toujours les organes de sa justice ou de sa miséricorde. Leur présence est mêlée aux diverses circonstances de la naissance, de la vie et de la passion du Sauveur ; leur souvenir est inséparable de celui des grands hommes et des faits les plus importants de l’antiquité religieuse. Il se trouve même au sein du polythéisme, et sous les fables de la mythologie ; car la croyance dont il s’agit est aussi ancienne et aussi universelle que le monde ; le culte que les Païens rendaient aux bons et aux mauvais génies n’était qu’une fausse application de la vérité, un reste dégénéré du dogme primitif.

5 « Les paroles du saint concile de Latran contiennent une distinction fondamentale entre les anges et les hommes. Elles nous enseignent que les premiers sont de purs Esprits, tandis que ceux-ci sont composés d’un corps et d’une âme ; c’est-à-dire que la nature angélique se soutient par elle-même, non seulement sans mélange, mais encore sans association réelle possible avec la matière, quelque légère et subtile qu’on la suppose ; tandis que notre âme, également spirituelle, est associée au corps de manière à ne former avec lui qu’une seule et même personne, et que telle est essentiellement sa destination.

6 « Tant que dure cette union si intime de l’âme avec le corps, ces deux substances ont une vie commune, et exercent l’une sur l’autre une influence réciproque ; l’âme ne peut s’affranchir entièrement de la condition imparfaite qui en résulte pour elle : ses idées lui arrivent par les sens, par la comparaison des objets extérieurs, et toujours sous des images plus ou moins apparentes. De là vient qu’elle ne peut se contempler elle-même, et qu’elle ne peut se représenter Dieu et les anges sans leur supposer quelque forme visible et palpable. C’est pourquoi les anges, pour se faire voir aux saints et aux prophètes, ont dû avoir recours à des figures corporelles ; mais ces figures n’étaient que des corps aériens qu’ils faisaient mouvoir sans s’identifier avec eux, ou des attributs symboliques en rapport avec la mission dont ils étaient chargés.

7 « Leur être et leurs mouvements ne sont pas localisés et circonscrits dans un point fixe et limité de l’espace. N’étant attachés à aucun corps, ils ne peuvent être arrêtés et bornés, comme nous le sommes, par d’autres corps ; ils n’occupent aucune place et ne remplissent aucun vide ; mais, de même que notre âme est tout entière dans notre corps et dans chacune de ses parties, de même ils sont tout entiers, et presque simultanément, sur tous les points et dans toutes les parties du monde ; plus prompts que la pensée, ils peuvent être partout en un clin d’œil et y opérer par eux-mêmes, sans autres obstacles à leurs desseins que la volonté de Dieu et la résistance de la liberté humaine.

8 « Pendant que nous sommes réduits à ne voir que peu à peu, et dans une certaine mesure, les choses qui sont hors de nous, et que les vérités de l’ordre surnaturel nous apparaissent comme en énigme et dans un miroir, suivant l’expression de l’apôtre saint Paul, ils voient sans effort ce qu’il leur importe de savoir, et ils sont en rapport immédiat avec l’objet de leur pensée. Leurs connaissances ne sont point le résultat de l’induction et du raisonnement, mais de cette intuition claire et profonde qui embrasse tout ensemble le genre et les espèces qui en dérivent, les principes et les conséquences qui en découlent.

« La distance des temps, la différence des lieux, la multiplicité des objets ne peuvent produire aucune confusion dans leur esprit.

9 « L’essence divine, étant infinie, est incompréhensible ; elle a des mystères et des profondeurs qu’ils ne peuvent pénétrer. Les desseins particuliers de la providence leur sont cachés ; mais elle leur en dévoile le secret, lorsqu’elle les charge, dans certaines circonstances, de les annoncer aux hommes.

10 « Les communications de Dieu aux anges, et des anges entre eux, ne se font point, comme parmi nous, au moyen des sons articulés et des autres signes sensibles. Les pures intelligences n’ont besoin ni des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre ; elles n’ont point non plus l’organe de la voix pour manifester leurs pensées, cet intermédiaire habituel de nos entretiens ne leur est pas nécessaire ; mais elles communiquent leurs sentiments d’une manière qui leur est propre et qui est toute spirituelle. Pour être comprises, il leur suffit de le vouloir.

11 « Dieu seul connaît le nombre des anges. Ce nombre, sans doute, ne saurait être infini, et il ne l’est point ; mais, d’après les auteurs sacrés et les saints docteurs, il est très considérable et vraiment prodigieux. S’il est naturel de proportionner le nombre des habitants d’une ville à sa grandeur et à son étendue, la terre n’étant qu’un atome en comparaison du firmament et des immenses régions de l’espace, il faut en conclure que le nombre des habitants du ciel et de l’air est beaucoup plus grand que celui des hommes.

12 « Puisque la majesté des rois emprunte son éclat au nombre de leurs sujets, de leurs officiers et de leurs serviteurs, qu’y a-t-il de plus propre à nous donner une idée de la majesté du Roi des rois que cette multitude innombrable des anges qui peuplent le ciel de la terre, la mer et les abîmes, et la dignité de ceux qui demeurent sans cesse prosternés ou debout devant son trône ?

13 « Les Pères de l’Église et les théologiens enseignent généralement que les anges sont distribués en trois grandes hiérarchies ou principautés, et chaque hiérarchie en trois compagnies ou chœurs.

14 « Ceux de la première et de la plus haute hiérarchie sont désignés en conséquence des fonctions qu’ils remplissent au ciel. Les uns sont appelés Séraphins, parce qu’ils sont comme embrasés devant Dieu des ardeurs de la charité ; ceux-ci Chérubins, parce qu’ils sont un reflet lumineux de sa sagesse ; ceux-là les Trônes, parce qu’ils proclament sa grandeur et en font resplendir l’éclat.

15 « Ceux de la seconde hiérarchie reçoivent leurs noms des opérations qui leur sont attribuées dans le gouvernement général de l’univers ; ce sont : les Dominations, qui assignent aux anges des ordres inférieurs leurs missions et leurs charges ; les Vertus, qui accomplissent les prodiges réclamés par les grands intérêts de l’Église et du genre humain ; les Puissances, qui protègent par leur force et leur vigilance les lois qui régissent le monde physique et moral.

16 « Ceux de la troisième hiérarchie ont en partage la direction des sociétés et des personnes ; ce sont les Principautés, préposées aux royaumes, aux provinces et aux diocèses ; les Archanges, qui transmettent les messages de haute importance ; les Anges gardiens, ceux qui accompagnent chacun de nous pour veiller à notre sécurité et à notre sanctification. »


Réfutation.


3. — Le principe général qui ressort de cette doctrine, c’est que les anges sont des êtres purement spirituels, antérieurs et supérieurs à l’humanité, créatures privilégiées vouées au bonheur suprême et éternel dès leur formation ; douées, par leur nature même, de toutes les vertus et de toutes les connaissances, sans avoir rien fait pour les acquérir. 2 Ils sont au premier rang dans l’œuvre de la création ; au dernier rang, la vie purement matérielle, et entre les deux l’humanité formée des âmes, êtres spirituels, inférieurs aux anges, unis à des corps matériels.

3 Plusieurs difficultés capitales résultent de ce système. Quelle est, d’abord, cette vie purement matérielle ? S’agit-il de la matière brute ? Mais la matière brute est inanimée et n’a pas de vie par elle-même. Veut-on parler des plantes et des animaux ? 4 Ce serait alors un quatrième ordre dans la création, car on ne peut nier qu’il y ait dans l’animal intelligent plus que dans une plante, et dans celle-ci plus que dans une pierre. 5 Quant à l’âme humaine, qui est la transition, elle est unie directement à un corps qui n’est que de la matière brute, car, sans âme, il n’a pas plus de vie qu’une motte de terre.


6 Cette division manque évidemment de clarté, et ne s’accorde point avec l’observation ; elle ressemble à la théorie des quatre éléments tombée devant les progrès de la science. 7 Admettons pourtant ces trois termes : la créature spirituelle, la créature humaine et la créature corporelle ; tel est, dit-on, le plan divin, plan majestueux et complet, comme il convenait à la sagesse éternelle. 8 Remarquons d’abord qu’entre ces trois termes, il n’y a aucune liaison nécessaire ; ce sont trois créations distinctes, formées successivement ; de l’une à l’autre, il y a solution de continuité ; tandis que, dans la nature, tout s’enchaîne, tout nous montre une admirable loi d’unité, dont tous les éléments, qui ne sont que des transformations les uns des autres, ont leur trait d’union. 9 Cette théorie est vraie, en ce sens que ces trois termes existent évidemment ; seulement, elle est incomplète : il y manque les points de contact, ainsi qu’il est facile de le démontrer.


4. — Ces trois points culminants de la création sont, dit l’Église, nécessaires à l’harmonie de l’ensemble ; qu’il y en ait un seul de moins, l’œuvre est incomplète, et n’est plus selon la sagesse éternelle. 2 Cependant, un des dogmes fondamentaux de la religion dit que la terre, les animaux, les plantes, le soleil, les étoiles, la lumière même ont été créés et tirés du néant il y a six mille ans. 3 Avant cette époque, il n’y avait donc ni créature humaine, ni créature corporelle ; pendant l’éternité écoulée, l’œuvre divine était donc restée imparfaite. 4 La création de l’univers remontant à six mille ans est un article de foi tellement capital, qu’il y a peu d’années encore, la science était anathématisée parce qu’elle venait détruire la chronologie biblique en prouvant la haute antiquité de la terre et de ses habitants.

5 Cependant le concile de Latran, concile œcuménique qui fait loi en matière d’orthodoxie, dit : « Nous croyons fermement qu’il n’y a qu’un seul vrai Dieu, éternel et infini, lequel, au commencement du temps, a tiré tout ensemble du néant l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle. » 6 Le commencement du temps ne peut s’entendre que de l’éternité écoulée, car le temps est infini, comme l’espace : il n’a ni commencement ni fin. 7 Cette expression : le commencement du temps est une figure qui implique l’idée d’une antériorité illimitée. 8 Le concile de Latran croit donc fermement que les créatures spirituelles et les créatures corporelles ont été formées simultanément, et tirées tout ensemble du néant à une époque indéterminée dans le passé. 9 Que devient donc le texte biblique, qui fixe cette création à six mille ans de nos jours ? En admettant que ce soit là le commencement de l’univers visible, ce n’est assurément pas celui du temps. Lequel croire, du concile ou de la Bible ?


5. — Le même concile formule en outre une étrange proposition : « Notre âme, dit-il, également spirituelle, est associée au corps de manière à ne former avec lui qu’une seule et même personne, et telle est essentiellement sa destination. » 2 Si la destinée essentielle de l’âme est d’être unie au corps, cette union constitue son état normal, c’est son but, sa fin, puisque telle est sa destination. 3 Cependant, l’âme est immortelle et le corps est mortel ; son union avec le corps n’a lieu qu’une seule fois, selon l’Église, et fût-elle d’un siècle, qu’est-ce que cela auprès de l’éternité ? 4 Mais, pour un très grand nombre, elle est à peine de quelques heures ; de quelle utilité peut être pour l’âme cette union éphémère ? Quand, sur l’éternité, sa plus longue durée est un temps imperceptible, est-il exact de dire que sa destination est d’être essentiellement liée au corps ? 5 Cette union n’est en réalité qu’un incident, un point dans la vie de l’âme, et non son état essentiel.

6 Si la destination essentielle de l’âme est d’être unie à un corps matériel ; si, par sa nature et selon le but providentiel de sa création, cette union est nécessaire aux manifestations de ses facultés, il en faut conclure que, sans le corps, l’âme humaine est un être incomplet ; 7 or, pour rester ce qu’elle est par sa destination, après avoir quitté un corps, il faut qu’elle en reprenne un autre, ce qui nous conduit à la pluralité forcée des existences, autrement dit à la réincarnation à perpétuité. 8 Il est vraiment étrange qu’un concile regardé comme une des lumières de l’Église ait identifié à ce point l’être spirituel et l’être matériel, qu’ils ne peuvent en quelque sorte exister l’un sans l’autre, puisque la condition essentielle de leur création est d’être unis.


6. — Le tableau hiérarchique des anges nous apprend que plusieurs ordres ont, dans leurs attributions, le gouvernement du monde physique et de l’humanité, qu’ils ont été créés à cette fin. 2 Mais, selon la Genèse, le monde physique et l’humanité n’existent que depuis six mille ans ; que faisaient donc ces anges avant ce temps-là, pendant l’éternité, puisque les objets de leurs occupations n’existaient pas ? 3 Les anges ont-ils été créés de toute éternité ? Cela doit être, puisqu’ils servent à la glorification du Très-Haut. Si Dieu les eût créés à une époque déterminée quelconque, il eût été jusque-là, c’est-à-dire pendant une éternité, sans adorateurs.


7. — Plus loin, il est dit : « Tant que dure cette union si intime de l’âme avec le corps. » Il arrive donc un moment où cette union n’existe plus ? proposition contredit celle qui fait de cette union la destination essentielle de l’âme.

2 Il est dit encore : « Les idées lui arrivent par les sens, par la comparaison des objets extérieurs. » C’est là une doctrine philosophique vraie en partie, mais non dans le sens absolu. 3 C’est, selon l’éminent théologien, une condition inhérente à la nature de l’âme, de ne recevoir les idées que par les sens ; il oublie les idées innées, les facultés parfois si transcendantes, l’intuition des choses que l’enfant apporte en naissant et qu’il ne doit à aucune instruction. 4 Par quel sens ces jeunes pâtres, calculateurs naturels qui ont étonné les savants, ont-ils acquis les idées nécessaires à la solution presque instantanée des problèmes les plus compliqués ? On en peut dire autant de certains musiciens, peintres et linguistes précoces.

5 « Les connaissances des anges ne sont point le résultat de l’induction et du raisonnement » ; ils savent parce qu’ils sont anges, sans avoir besoin d’apprendre ; Dieu les a créés tels : l’âme, au contraire, doit apprendre. 6 Si l’âme ne reçoit les idées que par les organes corporels, quelles sont celles que peut avoir l’âme d’un enfant mort au bout de quelques jours, en admettant avec l’Église qu’il ne renaisse pas ?


8. — Ici se présente une question vitale : L’âme acquiert-elle des idées et des connaissances après la mort du corps ? 2 Si, une fois dégagée du corps, elle ne peut rien acquérir, celle de l’enfant, du sauvage, du crétin, de l’idiot, de l’ignorant, restera toujours ce qu’elle était à la mort ; elle est vouée à la nullité pour l’éternité.

3 Si elle acquiert de nouvelles connaissances après la vie actuelle, c’est qu’elle peut progresser. 4 Sans le progrès ultérieur de l’âme, on arrive à des conséquences absurdes ; avec le progrès, on arrive à la négation de tous les dogmes fondés sur son état stationnaire : le sort irrévocable, les peines éternelles, etc. 5 Si elle progresse, où s’arrête le progrès ? Il n’y a aucune raison pour qu’elle n’atteigne le degré des anges ou purs Esprits. 6 Si elle peut y arriver, il n’y avait aucune nécessité de créer des êtres spéciaux et privilégiés, exempts de tout labeur, et jouissant du bonheur éternel sans avoir rien fait pour le conquérir, tandis que d’autres êtres moins favorisés n’obtiennent la suprême félicité qu’au prix de longues et cruelles souffrances et des plus rudes épreuves. 7 Dieu le peut, sans doute, mais si l’on admet l’infini de ses perfections, sans lesquelles il n’y a pas de Dieu, il faut admettre aussi qu’il ne fait rien d’inutile, ni rien qui démente la souveraine justice et la souveraine bonté.


9. —  Puisque la majesté des rois emprunte son éclat au nombre de leurs sujets, de leurs officiers et de leurs serviteurs, qu’y a-t-il de plus propre à nous donner une idée de la majesté du Roi des rois que cette multitude innombrable des anges qui peuplent le ciel et la terre, la mer et les abîmes, et la dignité de ceux qui demeurent sans cesse prosternés ou debout devant son trône ? »

2 N’est-ce pas rabaisser la Divinité que d’assimiler sa gloire au faste des souverains de la terre ? Cette idée, inculquée dans l’esprit des masses ignorantes, fausse l’opinion que l’on se fait de sa véritable grandeur ; 3 c’est toujours Dieu ramené aux mesquines proportions de l’humanité ; lui supposer le besoin d’avoir des millions d’adorateurs sans cesse prosternés ou debout devant lui, c’est lui prêter les faiblesses des monarques despotes et orgueilleux de l’Orient. 4 Qu’est-ce qui fait les souverains véritablement grands ? Est-ce le nombre et l’éclat de leurs courtisans ? Non ; c’est leur bonté et leur justice, c’est le titre mérité de pères de leurs sujets. 5 On demande s’il y a quelque chose de plus propre à nous donner une idée de la majesté de Dieu que la multitude des anges qui composent sa cour ? Oui certes, il y a quelque chose de mieux que cela : c’est de le représenter pour toutes ses créatures souverainement bon, juste et miséricordieux ; et non comme un Dieu colère, jaloux, vindicatif, inexorable, exterminateur, partial, créant pour sa propre gloire ces êtres privilégiés, favorisés de tous les dons, nés pour l’éternelle félicité, tandis qu’aux autres, il fait acheter péniblement le bonheur, et punit un moment d’erreur par une éternité de supplices…


10. — Le Spiritisme professe à l’égard de l’union de l’âme et du corps une doctrine infiniment plus spiritualiste, pour ne pas dire moins matérialiste, et qui a de plus pour elle d’être plus conforme avec l’observation et la destinée de l’âme. 2 Selon ce qu’il nous enseigne, l’âme est indépendante du corps, qui n’est qu’une enveloppe temporaire ; son essence est la spiritualité ; sa vie normale est la vie spirituelle. 3 Le corps n’est qu’un instrument pour l’exercice de ses facultés dans ses rapports avec le monde matériel ; mais, séparée de ce corps, elle jouit de ses facultés avec plus de liberté et d’étendue.


11. — Son union avec le corps, nécessaire à ses premiers développements, n’a lieu que dans la période qu’on peut appeler son enfance et son adolescence ; lorsqu’elle atteint un certain degré de perfection et de dématérialisation, cette union n’est plus nécessaire, et l’âme ne progresse plus que par la vie de l’Esprit. 2 Quelque nombreuses que soient, du reste, les existences corporelles, elles sont nécessairement limitées par la vie du corps, et leur somme totale ne comprend, dans tous les cas, qu’une imperceptible partie de la vie spirituelle, qui est indéfinie.


Les anges selon le Spiritisme.


12. — Qu’il y ait des êtres doués de toutes les qualités attribuées aux anges, cela ne saurait être douteux. 2 La révélation spirite confirme sur ce point la croyance de tous les peuples ; mais elle nous fait connaître en même temps la nature et l’origine de ces êtres.

3 Les âmes ou Esprits sont créés simples ou ignorants, c’est-à-dire sans connaissances et sans conscience du bien et du mal, mais aptes à acquérir tout ce qui leur manque ; 4 ils l’acquièrent par le travail ; le but, qui est la perfection, est le même pour tous ; 5 ils y arrivent plus ou moins promptement, en vertu de leur libre arbitre et en raison de leurs efforts ; 6 tous ont les mêmes degrés à parcourir, le même travail à accomplir ; 7 Dieu ne fait la part ni plus large ni plus facile aux uns qu’aux autres, parce que tous sont ses enfants, et qu’étant juste, il n’a de préférence pour aucun. 8 Il leur dit : « Voici la loi qui doit être votre règle de conduite ; elle seule peut vous mener au but ; tout ce qui est conforme à cette loi est le bien, tout ce qui y est contraire est le mal. Vous êtes libres de l’observer ou de l’enfreindre, et vous serez ainsi les arbitres de votre propre sort. » 9 Dieu n’a donc point créé le mal ; toutes ses lois sont pour le bien ; 10 c’est l’homme lui-même qui crée le mal en enfreignant les lois de Dieu ; s’il les observait scrupuleusement, il ne s’écarterait jamais de la bonne voie.


13. — Mais l’âme, dans les premières phases de son existence, de même que l’enfant, manque d’expérience ; c’est pourquoi elle est faillible. 2 Dieu ne lui donne pas l’expérience, mais il lui donne les moyens de l’acquérir ; 3chaque faux pas dans la voit du mal est pour elle un retard ; elle en subit les conséquences, et apprend à ses dépens ce qu’elle doit éviter. 4 C’est ainsi que peu à peu elle se développe, se perfectionne et avance dans la hiérarchie spirituelle, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à l’état de pur Esprit ou d’ange. 5 Les anges sont donc les âmes des hommes arrivées au degré de perfection que comporte la créature, et jouissant de la plénitude de la félicité promise. 6 Avant d’avoir atteint le degré suprême, ils jouissent d’un bonheur relatif à leur avancement, mais ce bonheur n’est point dans l’oisiveté ; il est dans les fonctions qu’il plaît à Dieu de leur confier, et qu’ils sont heureux de remplir, parce que ces occupations sont un moyen de progresser. (Voir chapitre III, le Ciel.)


14. — L’humanité n’est point bornée à la terre ; elle occupe les innombrables mondes qui circulent dans l’espace ; elle a occupé ceux qui ont disparu, et occupera ceux qui se formeront. 2 Dieu a créé de toute éternité et il crée sans cesse. 3 Longtemps donc avant que la terre existât, quelque ancienneté qu’on lui suppose, il y avait eu sur d’autres mondes des Esprits incarnés qui ont parcouru les mêmes étapes que nous, Esprits de formation plus récente, nous parcourons en ce moment, et qui sont arrivés au but avant même que nous fussions sortis des mains du Créateur. 4 De toute éternité, il y a donc eu des anges ou purs Esprits ; mais leur existence humanitaire se perdant dans l’infini du passé, c’est pour nous comme s’ils eussent toujours été des anges.


15. — Ainsi se trouve réalisée la grande loi d’unité de la création ; Dieu n’a jamais été inactif ; il a toujours eu de purs Esprits éprouvés et éclairés pour la transmission de ses ordres et pour la direction de toutes les parties de l’univers, depuis le gouvernement des mondes jusqu’aux plus infimes détails. 2 Il n’a donc pas eu besoin de créer des êtres privilégiés, exempts de charges ; tous, anciens ou nouveaux, ont conquis leurs grades dans la lutte et par leur propre mérite ; tous, enfin, sont les fils de leurs œuvres. Ainsi s’accomplit également la souveraine justice de Dieu.



[1] Nous empruntons ce résumé au mandement de Mgr. Gousset, cardinal-archevêque de Reims, pour le Carême de 1864. On peut donc le considérer de même que celui des démons, puisé à la même source et cité dans le chapitre suivant, comme la dernière expression du dogme de l’Église sur ce point.

[2] Concile de Latran.  † 


Il y a une image de ce chapitre dans le service Google - Recherche de livres (Première édition - 1865).


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